Fondation d'entreprise
 
 
Charlotte de Saintignon
Etude 
27 avr 2026

Entreprises familiales : la pérennité se joue bien avant la transmission

La transmission familiale ne va plus de soi : pour durer, une entreprise familiale doit anticiper sa relève plutôt que de la considérer comme acquise.
En France, les entreprises familiales représentent près de 65 % du PIB et environ 70 % des emplois. Elles restent l’un des socles de l’économie, notamment dans les territoires. Leur force ? Une vision de long terme, un ancrage local fort, une capacité à transmettre des savoir-faire et une forme de stabilité rare dans un environnement économique mouvant. Mais cette solidité n’efface pas un défi de taille : en France, seules 14 à 20 % d’entre elles sont transmises au sein de la famille, contre plus de 50 % en Allemagne et 60 % en Italie. Non pas parce que le modèle s’essouffle, mais parce que les nouvelles générations veulent aussi choisir leur voie. C’est même le principal enseignement de l’étude : le premier frein à la reprise n’est ni le conflit familial ni le désaccord stratégique, mais l’envie de suivre un autre chemin professionnel.

Rendre l’entreprise transmissible


Ainsi, transmettre ne consiste plus à espérer une relève “naturelle”, mais à créer les conditions pour que l’entreprise puisse durer — et à rendre le projet suffisamment clair et désirable pour être choisi. Cela suppose de parler plus tôt, plus clairement, et de mieux distinguer ce qui relève de l’affectif, du patrimoine, de la gouvernance et des aspirations personnelles. Or si l’étude montre que les entreprises familiales sont souvent très bien structurées sur les plans fiscal, juridique et patrimonial, en revanche, elle dit aussi que la succession reste moins formalisée : seules 39 % disposent d’un plan complet. Autrement dit, beaucoup d’entrepreneurs savent protéger l’entreprise, mais moins nombreux sont ceux qui ont véritablement organisé la suite.

Anticiper, structurer, accompagner


Pour passer de l’intention à l’action, trois réflexes utiles ressortent. D’abord, ne pas attendre le dernier moment pour ouvrir la discussion. Ensuite, poser un cadre simple : qui décide, selon quelles règles, avec quel horizon. Enfin, préparer la relève sans l’imposer, en donnant à la génération suivante des occasions de comprendre l’entreprise, ses responsabilités et ses enjeux. Formaliser un minimum — règles de décision, conseil de famille, charte ou parcours d’intégration progressif de la nouvelle génération — permet aussi de sécuriser la suite. La transmission réussie n’est pas seulement une question d’héritage. C’est une affaire de méthode, de dialogue et de temps long.
 
 
Journaliste depuis 20 ans, Charlotte est spécialisée dans les problématiques de l'entrepreneuriat des TPE/PME de l'artisanat de la franchise et des start-ups. Elle a été auparavant rédactrice en chef d'un magazine professionnel à destination des chefs d’entreprise. Elle travaille aujourd’hui pour plusieurs médias et est membre du bureau de l'Association des journalistes PME (Ajpme).

Charlotte anime depuis 2026 la nouvelle rubrique de la Fondation MMA : « La minute entrepreneuriale ».
 

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